DES ARBRES ET DES HOMMES

J’ai la passion des arbres, les vrais, pas ceux de la généalogie, ceux de mes ballades dans les bois en quête de champignons, ceux de mes nombreuses randonnées en quête d’altitude, ceux des beaux jardins. La chanson de Buzy me touche : « Mes racines c’est les arbres (…), Mes racines c’est la Terre (…), Je suis un arbre, Je suis un arbre. » Et les écrits du philosophe Thoreau (1817-1862) figurent en bonne place dans ma bibliothèque. Thoreau a vécu un peu plus de deux ans dans une cabane dans les bois, près du lac de Walden. Son journal témoigne de son intérêt pour le milieu naturel qui l’entoure. Pour le milieu naturel en général, et pour les arbres en particulier. Les arbres sont apparus bien avant les hommes, mais il n’est pas dit qu’ils nous survivent. Dans ce contexte, il peut paraître incongru d’avoir choisi l’arbre pour représenter la succession des hommes. Christiane Klapisch-Zuber a fait l’histoire de cette représentation, pour ceux que cela intéresse (in L’ombre des ancêtres, Essai sur l’imaginaire médiéval de la parenté). Les générations d’hommes se succèdent « comme les vagues de la mer » ou, pouvons-nous dire encore, comme les feuilles des arbres. Qu’on me pardonne cette petite digression qui n’a pour seul but que d’annoncer la refonte de la section « Arbres » de ce site. Vous la trouverez dorénavant déployée en trois volets. Un volet « Familles », le plus important, où l’on trouvera les arbres détaillés de quelques familles, de Bresse et de Bugey, avant 1700. Un second volet, « Cousinages », comportera des arbres visant à déterminer (vérifier) la parenté indiquée dans certains actes (au 3ème ou 4ème degré) entre deux individus (des époux par exemple). Enfin, un 3ème volet, le plus réduit, « Lignages et surnoms », tentera de comprendre l’origine d’un surnom d’une lignée. Mais j’aurais l’occasion de revenir sur ce dernier point.

arbre de Boutillier

L’arbre de consanguinité in Somme rurale de Jean Boutillier , XVe siècle, France (Paris, BnF, Département des manuscrits, Français 202 f° 15 v°)

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MIGRANTS ET PAUVRETÉ

Nos sociétés occidentales semblent désemparées par l’afflux incessant de migrants qui prennent tous les risques (mourir noyé au large des côtes ou étouffé dans un camion) pour gagner l’eldorado européen. Et pourtant… Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis longtemps, les pauvres ont cherché meilleur fortune loin de chez eux. Aujourd’hui africains, hier européens (italiens, belges, polonais, espagnols, portugais…), avant-hier auvergnats, bretons, ardéchois (au 19ème siècle) et, auparavant, tous ces hommes et ces femmes des campagnes gagnant les villes les plus proches (au grand dam des conseils urbains des 16ème et 17ème siècles qui délibéraient pour s’en débarrasser, ou plus exactement, les enfermer dans les « hôpitaux ») et s’adonnant à la mendicité. Le pauvre n’a jamais fait recette. Et en période de crise, le rejet est à son paroxysme. Comme en cette fin de 19ème siècle où de nombreux italiens ont été victimes, bien avant nos migrants nord-africains, de « ratonnades ». Voilà ce qu’écrivait en 1895 Gustave Le Bon (sic) dans ses « Lois psychologiques de l’évolution des peuples » :

« Il est en Europe un État, la France, qui en est menacé. C’est un pays riche, dont la population ne s’accroît plus, entouré de pays pauvres dont la population s’accroît constamment. L’immigration de ces voisins est fatale, et d’autant plus fatale que les exigences croissantes de nos ouvriers la rendent nécessaire pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie. Les avantages que trouvent ces émigrants sur notre sol sont évidents. […] un travail plus facile et mieux rétribué que sur leur territoire natal. Ils se dirigent vers notre pays, non seulement parce qu’il est plus riche, mais aussi parce que la plupart des autres édictent chaque jour des mesures pour les repousser. L’invasion des étrangers est d’autant plus redoutable, que ce sont, naturellement, les éléments les plus inférieurs, ceux qui n’arrivaient pas à se suffire à eux-mêmes dans leur patrie, qui émigrent. Nos principes humanitaires nous condamnent à subir une invasion croissante d’étrangers. Ils n’étaient pas 400 000 il y a quarante ans, ils sont plus de 1 200 000 aujourd’hui, et ils arrivent en rangs chaque jour plus pressés. Si l’on ne considérait que le nombre d’italiens qu’elle contient, Marseille pourrait être qualifiée de colonie italienne.[…] Si les conditions actuelles ne changent pas, c’est-à-dire si ces invasions ne s’arrêtent pas, il faudra un temps bien court pour qu’en France un tiers de la population soit devenu allemand et un tiers italien. Que devient l’unité, ou simplement l’existence d’un peuple, dans des conditions semblables ? » (éd. Félix Alcan, 1907, chap. III, p. 124).

Entre accueil et rejet, comment nos états modernes vont-ils pouvoir gérer cet afflux de migrants ? Ce problème n’est pas nouveau. Dès le 15ème siècle, et tout au long de l’époque moderne (16ème-18ème siècles), les pouvoirs se sont penchés sur le problème. Certes, les migrants ne venaient pas d’Afrique, ni même du reste de l’Europe. Pour la plupart, ils avaient simplement délaissé les campagnes avoisinantes dans lesquelles ils avaient pu voir le jour. Les plus courageux d’entre eux ont pu gagner le « pays » voisin. Bien sûr, j’emploie ici « pays » dans son acception ancienne de « région », de « province », de « contrée ». Hors les cercles de solidarité traditionnels (le foyer, le village, la paroisse…), et en l’absence de travail régulier, le migrant en est vite réduit à la mendicité. Le Moyen Âge a plutôt toléré le mendiant. Le christianisme valorisait la « pauvreté » et pouvait voir dans le mendiant un « avatar » de la figure christique. La figure du mendiant entrait en résonance avec le message franciscain : « suivre nu le Christ nu ». Mais à partir du 16ème siècle, le regard change. Le migrant-vagabond-errant-mendiant-pauvre devient « persona non grata ». L’esprit chrétien (s’exprimant à travers le devoir de charité) s’efface au profit de la volonté économique, mercantiliste, en développement. Les autorités politiques et urbaines, ne voient plus en lui qu’un oisif, un « indolent », un « fainéant » :

« Pour, écrit Richelieu dans un Traité en 1625 (Pauvres Renfermés), ce que plusieurs vagabonds et fainéants, au lieu de s’occuper comme ils peuvent et doivent à gagner leur vie, s’adonnent à la quester et mandier, ostant le pain aux pauvres nécessiteux et invalides auxquels il est deu, incommodent les habitans des villes et privent le public du service qu’ils pourront recevoir de leur travail ».

Dès lors, les pauvres sont exclus des villes, refoulés (les autorités urbaines délibèrent en ce sens et établissent des rôles) ou enfermés dans des institutions spécialisées (l’Hôpital Général…). Pas question ci de refaire l’histoire de ce « Grand Enfermement » étudié, entre autres, par l’un de mes Professeurs Jean-Pierre GUTTON. Je l’ai dit et je le redis encore. Le passé doit éclairer le présent et inversement. Dans le rôle des pauvres exclus de la ville de Bourg en 1597 dont je livre le relevé sur ce site (AD 01 – Autres Fonds d’Archives – Archives Communales de Bourg), nous trouvons un Piémontais et un Savoyard. Les autres pauvres sont originaires de Montagnat, Condeyssiat, Dompierre, Drulliat, St Denis, St André, St Nizier, etc. Exclusion et enfermement, telles furent les réponses apportées par les autorités pendant trois siècles (du 16ème au 19ème). Quelles vont être les réponses apportées par nos sociétés modernes dans un monde globalisé ?

Fernand Pelez (1848-1913).  "Sans asile" ou "Les Expulsés", 1883. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Fernand Pelez (1848-1913). « Sans asile » ou « Les Expulsés », 1883. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

GÉNÉALOGIE, HISTOIRE, PHILOSOPHIE ET « RELOOKING »

Voilà deux ans maintenant que j’ai lancé sur la toile ce modeste blog avec pour seul but de mettre à disposition du plus grand nombre les recherches que j’ai pu effectuées dans les Archives Départementales, et plus particulièrement celles de l’Ain. Encore jeune actif, et ayant de nombreux centres d’intérêt, je ne puis me consacrer autant que je le voudrais à ce blog. Si le démarrage fut lent, j’ai souhaité donner un aperçu des différentes sources disponibles au chercheur : actes notariés bien sûr, mais aussi les archives judiciaires (procédures criminelles, saisies…) et seigneuriales (rôles et terriers). Comme je l’ai peut être déjà dit, la généalogie ne saurait se limiter à une quête « fébrile » de ses ancêtres. Il convient de s’intéresser, avec pudeur, à leur vécu quotidien. « Quel contentement, a pu écrire Montaigne, me serait-ce d’ouïr quelqu’un qui me récitât les mœurs, le visage, la contenance, les plus communes paroles et les fortunes de mes ancêtres. Combien j’y serais attentif ! Vraiment cela partirait d’une mauvaise nature d’avoir à mépris les portraits de nos prédécesseurs. » Oui, la Généalogie doit être Histoire, Histoire et… Philosophie : comprendre ce qui fut, comprendre ce qui est, et, dans la mesure du possible, comprendre ce qui sera. Ou bien, en d’autres termes, éclairer le passé à la lumière du présent, et inversement, et « imaginer » l’avenir. Pour s’en convaincre, un exemple suffira. Le blog vient de subir un relooking. Le « look », c’est l’image. Les Penseurs s’accordent à dire que nous quittons peu à peu la « civilisation de l’écrit » (qui avait pris son envol avec la révolution de l’imprimerie) pour entrer dans une nouvelle civilisation, celle de l’image. Née au 19ème siècle avec l’invention de la photographie, elle acquiert, avec la « révolution numérique », une dimension (universelle) et un pouvoir (omniscient) que l’on ne prêtait autrefois qu’aux dieux. Au cœur de ce nouvel univers mental, l’image de soi occupe une place prépondérante. Il n’est pas étonnant que, dans une société cultivant l’égocentrisme et le narcissisme, elle ait trouvé là un terreau favorable. Du berceau à la tombe, c’est une orgie d’images de soi-même qui nous accompagne au fil de notre vie, images publiées, partagées, retouchées. Tous les moments de notre vie, même intimes, peuvent devenir des « instantanés » numériques. Autrefois exceptionnelle, la photographie figeait les moments importants de notre vie : le baptême, le service militaire (la « pose » en uniforme), le mariage. Aujourd’hui, il n’est pas un instant qui échappe à la photographie : la naissance, le 1er bain, les premiers pas, le premier coup de pédale, les repas même banals du quotidien, la plupart de nos activités (ludiques, sportives, artistiques), nos amours, nos joies partagées avec les amis, etc. Le « selfie » est bien évidemment l’apothéose de cette culture égocentrique et narcissique, de ce culte de l’image de soi : à tout moment de la journée, même quand on a rien à faire, surtout si l’on a rien à faire en fait, se prendre en photo, seul ou en groupe, se voir sourire, grimacer, rire, poser, encore poser, encore et encore. Se voir et se revoir, être vu, partout, indéfiniment. Maintenant, remontons le temps, peu avant la naissance de la photographie. Imaginons, jusqu’au 18ème siècle, la vie de la plupart de nos ancêtres, dans les campagnes. Une vie entière sans image de soi, c’est-à-dire sans se voir, sans mettre des « traits » précis sur son visage. Si le petit miroir pouvait être présent dans le bardas du colporteur, il était absent des demeures paysannes. Pas question non plus de voir son reflet sur la vaisselle (réduite à sa plus simple expression) ou la fenêtre. Si la demeure paysanne n’était pas exempte d’ouvertures, la fenêtre y était rare et, de toutes façons, le verre en était absent. Que restait-il à nos ancêtres pour espérer voir ne serait-ce qu’un peu de son visage, « siège de l’âme » ? Le reflet de l’eau, une pierre (ou un objet) polie, et, sans doute, le petit miroir que devait posséder le barbier-chirurgien. Bref, une image de soi rare, exceptionnelle, furtive. Voilà comment, en quelques lignes, peut-on passer d’une banale tache informatique (la modification de l’apparence d’un blog) à une interrogation sur la place de l’image de soi au fil des siècles.

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The Mirror of Venus (Edward Burne-Jones, 1875)

 

RENTRÉE DES CLASSES !

Une partie de nos écoliers ont repris le chemin de l’école. Bientôt, ce sera le tour des lycéens et des universitaires. Personne n’ignore le caractère “turbulent” de notre jeunesse étudiante. En survolant les Arrêts du Parlement de Dijon, je tombe sur celui-ci, de l’année 1633 : “La cour informée que les écoliers de logique du collège Godran à Dijon ont quitté leurs classes et empêchent par violence les autres écoliers de rentrer au collège, ordonne aux écoliers de logique de porter honneur et révérence à leurs chefs, de rentrer dans leurs classes, sous peine d’être appréhendés au corps et châtiés, avec ordre au maire de Dijon de prêter main-forte et aux régents d’expulser les récalcitrants” (B 12237, fol. 581, verso).

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PRÉSENTATION

Pour commencer, quelques mots de présentation de ce blog. Au sommet, une série d’onglets susceptible d’évoluer : Accueil, Prolégomènes, Sources, Base, Société & Culture. Il est inutile de cliquer sur le premier, Accueil, qui vous emmènera sur une page vide. Je l’ai créé seulement pour identifier visuellement la page d’ouverture du blog : vous y trouverez les articles classés chronologiquement, du plus récent (en haut) au plus ancien. Dans ces articles, il y sera question principalement des évolutions du blog, les nouveautés en somme. Dans le 2ème onglet, Prolégomènes, vous pourrez lire des articles ayant une portée plus philosophique autour de la généalogie dans l’Histoire et sur la place et la destinée de l’Homme. Dans l’onglet Sources, comme son nom l’indique, il s’agira d’une présentation des sources : registres paroissiaux, notaires, administration, justice, mais aussi sources iconographiques, musicales (les chansons de Clément JANNEQUIN sont plus riches d’enseignements que les registres paroissiaux), etc. L’onglet Base est sans doute celui qui attirera le plus les visiteurs. Vous y trouverez tous les actes que j’ai pu glanés ici et là au cours de mes recherches. Attention, je n’ai jamais fait de relevés exhaustifs : il s’agit d’une collection personnelle née de toutes ces heures passées aux Archives Départementales, essentiellement celles de l’Ain. Donc, l’onglet Base ouvre un menu déroulant qui vous permettra d’accéder aux actes par dépôt d’Archives (AD 01 par exemple), puis Série (E, B, C, etc.), sous-Série (1E, 2E, 3E), et enfin la cote (3E 9346 ou 1B 1322). S’il n’y a pas de cote en bout de ligne, vous pouvez passer votre chemin : vous n’y trouverez pas encore d’actes à vous mettre sous la dent. Dans le cas contraire, un clic sur la cote vous donnera accès à la page du relevé. Comme il n’est pas exhaustif, il peut y avoir un seul acte, comme il peut y en avoir 50. Enfin, un dernier onglet (pour l’instant) sera consacré à la société et à la culture d’Ancien Régime : les métiers, la sociabilité, la violence, le langage, l’éducation, etc.  Sur la droite du blog, une série d’outils : recherche, catégories, tags, calendrier, liens internet. Vous voilà maintenant “armés” pour explorer ce blog à votre guise.

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PRÉAMBULE

Je vous souhaite la bienvenue sur mon espace consacré à l’histoire et à la généalogie. Vous n’y trouverez pas ma généalogie, si ce n’est les arbres réduits de quelques familles. Historien de formation, je me suis intéressé aux sources variées qui nous permettent d’appréhender la vie de nos ancêtres : les sources notariales en premier lieu, mais aussi celles émanant des justices et de l’administration. Au cours d’un peu plus de vingt ans de recherches, j’ai accumulé quantité de notes dans des cahiers : beaucoup de ces actes ne concernent pas mes ancêtres. J’ai donc décidé de les mettre en ligne pour les partager. Ce sera long, très long, car je suis encore un jeune actif très éloigné de la “retraite”. Ma démarche a un autre but : elle vise à se démarquer d’une certaine pratique de la généalogie, une pratique qui veut que l’on se construise des arbres sans l’accès aux sources, par un copié-collé des informations (en fait, seulement des noms et prénoms) glanées ici et là sur la “toile”. S’il y a des erreurs, elles se répètent d’un arbre à l’autre, à l’envi. Par ailleurs, je trouve désolant que la généalogie se limite à collectionner des noms et prénoms, en faisant abstraction du contexte. Enfin, si l’on voulait être puriste, on ne devrait “remonter” que les lignées maternelles, car, après tout, nous ne sommes sûrs que des mères. Dans l’onglet “SOURCES”, en guise d’introduction, je m’attarde un peu sur ma philosophie de la généalogie. Pour en revenir à ma base d’actes, si vous trouvez votre bonheur, je vous demande seulement – même si je sais très bien que la Reconnaissance n’est plus une Valeur Actuelle – de mentionner l’origine de l’information, à savoir : @GénéaChris69. Si ce blog vous intéresse, abonnez-vous, vous y reviendrez et suivrez les nouveautés plus facilement. Bonne lecture !

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